II - 23

Ce chiffre-là n’est pas un chiffre, un nom de fichiers… Ce choix du peintre permet ainsi de donner toute son ampleur à la scène qui se déroule au second plan: un cavalier monté sur un splendide étalon blanc… Ce codage n’est plus déchiffrable que par des calculs fréqualphabétique, c’est-à-dire prenant en compte la fréquence relative, dans une langue donnée, de ses lettres et des hypothèses de sauts de valeur ; ce contrat a été respecté pour les 34 premiers et nous avons pu, jusqu’à aujourd’hui, publier régulièrement ses textes. Ce courrier est donc dédié à Paul Dubromelle: ce courrier est trop long, trop décousu, amphigourique, je ne vous le donne pas dans son intégralité car, si je n’étais pas au calme du refuge marin de mon ami le musicien Jean-Bernard Jambliques je ne l’aurais certainement pas lu moi-même. Ce courrier que je vous envoie chaque jour a pris trop d’importance comme si, maintenant, je savais que ma vraie vie était toute d’intérieur et de construction ce croisement des calculs et des langues, ce d’autant qu’elle n’ignorait pas qu’il était très courtisé, elle n’ait couru le risque d’en ôter une partie de la saveur, de l’affaiblir de façon précoce… Ce devait être un an plus tard, quelques mois avant qu’elle ne disparaisse: je me souviens avoir été étonné de la facilité avec laquelle elle s’était introduite dans le monde assez fermé de la diplomatie française… Ce dialogue moitié muet, moitié parlé, n’avait duré que peu d’instants, ce don, je ne peux le faire que si tu le désires profondément… Ce dont maintenant il s’agit, c’est d’essayer de maîtriser l’avenir : ce dossier contient cinq sous-dossiers ; ce fichier est la totalité des 7104 vers que nous connaissons de lui ; ce fichier est la totalité des 7104 vers que nous connaissons de lui ; ce fichier, comme les fichiers arabes, contient des textes inversés cachés — ce fichier, comme vos fichiers arabes, dissimule des textes inversés. Ce fut le début d’un long moment de jeu où, à l’éveil du corps, nous avons mêlé le plaisir de l’imaginaire, ce fut un débordement de révélations toutes plus dégoûtantes les unes que les autres: le jeune homme de la photo était un prostitué qui vivait avec le sous-ministre, celui-ci était donc accusé de proxénétisme ce qui permettait d’ailleurs de comprendre son train de vie; comme en attestaient des clichés pris dans des backrooms, il avait de très nombreuses autres relations toutes aussi douteuses; il se servait de son poste politique pour entretenir ses petits amis; certains d’entre eux d’ailleurs étaient mineurs; on évoquait des ballets bleus expliquant sa soudaine promotion et on laissait entendre que tout cela pourrait être encore plus grave; etc… Ce fut une immense surprise. Ce fut, d’après lui, le début d’années de cauchemars. Ce garçon n’était-il pas Stanislas? (Ce garçon n’était-il pas Stanislas?). Ce genre de correspondances n’est pas dû au hasard ? Il est un vrai génie de l’expression… Ce jeu me convient, je ne vous cacherai pas m’en être parfois inspiré… Ce jeune homme, dans le Bario Gotico, draguait des hommes respectables puis, avec un réseau de complices, les faisait chanter.

Ce jour-là, ce jour-là, comme d’habitude, j’avais visité un certain nombre de commerçants et devais démarcher la propriétaire d’une nouvelle petite boutique qui venait d’ouvrir à l’angle de la Calle Verrochio et de la Piazza San Giovano e Paolo, face à l’église du même nom. Ce jour-là, vers onze heures, nous sommes allés déjeuner dans un café: chocolat chaud crémeux et délicieuses viennoiseries puis, enlacés, nous sommes descendus au Prater, il faisait si beau que, même si les arbres étaient encore dénudés, même si les fleurs ne poussaient pas encore, il flottait un air de printemps. Ce lecteur agressif, Thomas Duponcelle, me renvoie à un autre Thomas… Ce lecteur m’envoie le récit d’une anecdote qu’il dit avoir vécue et que je vous transmets telle quelle pour que vous vous fassiez votre idée vous-mêmes: J’étais ces jours-ci à Venise, me dit ce lecteur, représentant en articles de souvenirs, je parcours en effet sans cesse l’Europe avec ma quincaille… ce lecteur, jouant à ce jeu de cache-cache de la correspondance, se moque-t-il peut-être aussi de moi, s’amusant à me prendre à mon propre piège… Ce lieu me semblait au moins aussi exotique que le Labi Khaus de Boukhara et j’y mangeais un haggis arrosé de deux ou trois verres de Lagavulin avec le même ravissement que des chachliks ou des pâtés à la viande dans les échopes des marchés de Samarkand. Ce lieu nous semblait presque aussi exotique que les Tchai Khana de Boukhara et j’y ai dégusté leur haggis arrosé d’un whisky local avec la même jouissance que les chachliks dans le souk de Samarkand… Ce matin, comme vous vous en doutez peut-être, je me suis levé de bonne heure: j’avais promis de n’ouvrir qu’aujourd’hui la lettre de Stanislas; c’est fait, vous pouvez d’ailleurs attester que je suis toujours fidèle à mes promesses. Ce matin, dans l’avion qui me ramène de Barcelone, je lis ce recueil de Machrab, Le vagabond flamboyant, qui convient parfaitement à ma mélancolie et parmi tous ses poèmes c’est tout particulièrement celui-ci qui m’accroche car il m’apparaît comme un commentaire de la vie de Stanislas: Ce Monsieur Kitab, m'a laissé sa clef, m’a dit devoir aller le retrouver à Édimbourg et m'a laissé pour vous un paquet de sa part. Ce moteur est constitué d’un intellect unique De unitate intellectu, un intellect possible, commun à tous les hommes théorie du monopsychisme qui se constitue en nous au moyen des images : ce mystère intrigue Carver qui ne peut s’empêcher de penser qu’il a un lien avec la mort, car ce n'est pas à vous que j'apprendrai que la mort seule se vit en temps réel.